Validisme

Sauf erreur, c’est seulement le 15 août 2025 que ce terme est apparu sur mon site ; mieux vaut tard que jamais… Ce jour-là, j’ajoutais au terme de mon billet daté du 11 févr. 2025, Vingt ans après la loi Handicap : éléments pour un bilan, une longue citation de No Anger (entretien avec, par Marie Kirschen [le 19 oct. 2022]), « La sexualité des personnes handicapées est infantilisée », La Déferlante févr. 2023, n° 9, p. 88 (extrait) : à la fin de l’année (le 22 déc. 2025), j’avais déplacé une première fois cette citation dans ma note Art(iste)s ; elle aurait pu l’être dans celle relative aux Sports et trouve finalement mieux sa place ici.

En effet, l’« artiste et chercheuse » y évoquait le « traitement médiatique des athlètes handisport, qui permet de dire aux personnes valides [comme handicapées] que le problème vient d’un manque de volonté individuelle et non pas de logiques sociales, politiques, culturelles, ni de l’oppression systémique du validisme » (pp. 90-91).

Capture d’écran de l’émission « Toute la société est validiste », Mediapart 25 juin 2025, présentée par Mathieu Magnaudeix (avec Marie Turcan et les personnes citées ci-contre) : à partir de la 43ème min., « Mariela » – du collectif Enseigner sans en saigner – mentionnait les mises en demeure puis les difficultés pour obtenir un diagnostic, un point abordé par mes co-intervenantes le 13 novembre (v. respectivement mes billets École inclusive (3)… et (1). Quelques constats…)

Avant l’été, Mediapart avait donné une suite en vidéo (v. ci-contre) à plusieurs de ses articles : cité·es, « Ibrahima K., délégué du personnel CGT de Fontaine Insertion », « Mariella, la mère d’un enfant autiste de Brétigny-sur-Orge » et Charlotte Puiseux, « membre active du collectif handi-féministe Les Dévalideuses »1V. respectivement les articles de Khedidja Zerouali, « Près de Grenoble, une entreprise adaptée fait pression sur ses syndicalistes », Mediapart 25 avr. 2025 ; Mathilde Goanec, « Handicap à l’école : « Nous sommes tous désarmés » », le 17 juin ; Yannis Angles et Marie Turcan, « « C’est toujours une bataille » : les personnes handicapées face à la violence administrative », Mediapart le 1er – utilisé pour la troisième illustration de billet daté du 11 févr. 2025, Vingt ans après la loi Handicap : éléments pour un bilan (dont la première version a été publiée juste avant la vidéo du 23 juin)., étaient invité·es avec Adèle Merle, doctorante en sociologie2S’appauvrir à vie. Formes de pauvreté, synthèse projective et positionnement des personnes handicapées, thèse en cours depuis 2024 sous la direction de Pierre-Yves Baudot à Paris Dauphine (theses.fr ; le 23 juin 2025, elle citera notamment la Défenseure des droits)..

Début 2026, relire et réécouter Charlotte Puiseux3Durant l’été, j’avais apprécié de voir Charlotte Puiseux remettre les chiffres, si souvent avancés, en perspectives ; une dizaine de minutes plus tard, vers la 55ème, elle abordait la désinstitutionnalisation et le « droit à la vie autonome ». ont conduit à me convaincre de créer cette note, également liée à mon billet daté du 31 déc., École inclusive (2). Une approche du contentieux judiciaire : dans les premières notes, je renvoie à la recension par Anne-Aël Durand de l’essai des « militantes handi-féministes Chiara Kahn et Charlotte Puiseux », Plutôt vivre. Comprendre le validisme et valoriser une culture crip4« À propos de la Crip Theory », v. le texte de Julie Williams sur le site lesdevalideuses.org (qui le traduit) ; v. aussi Vincent Patigniez – Respectives Formation, « 1 minute 1 livre : n° 1 », 30 oct. 2025, et cet extrait de Chiara Kahn et Charlotte Puiseux, publié sur le site lmsi.net 9 déc. 2025 (dernier chapitre, intitulé « S’inspirer des théories queer pour interroger le handicap : le mouvement crip » ; pour un autre extrait, v. cette note relative à la série Un mètre vingt)., Le Cavalier bleu, lemonde.fr 11 nov. 2025, extrait : « Elles y retracent l’histoire de ce concept, traduit de l’« ableism » anglo-saxon, importé en France au début des années 2000 par plusieurs groupes militants, comme Les Dévalideuses, Handi-Social ou le Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation ».

Outre le podcast – et compte Instagram« Conpassion »5Dans le chapitre précité, les autrices écrivent : « Conpassion n’est pas le seul à donner la parole aux personnes concernées pendant un temps long. Les Invisibles discute avec des personnes dont la pathologie n’est pas toujours perceptible par l’entourage et raconte l’isolement engendré. Les podcasts proposent des modes de consommation, délinéarisés, parfois interactifs, imposant des lectures et écritures nuancées. Ils permettent à la fois de prendre le temps dans la production, de publier en différé un contenu retravaillé et surtout, pour le public, de consommer dans de bonnes conditions. Il est aussi ici question de permettre aux producteurs et productrices de contenus de se situer, de comprendre leurs biais dans leur traitement de l’information, pour produire un contenu respectueux et inclusif. Les podcasts poussent (ou en tout cas certains tentent de le faire) in fine à un circuit production/consommation plus lent et réfléchi, en accord également avec les idéaux écologistes. Mais aussi de rendre accessible les médiums, de prendre de nouveaux réflexes, en proposant par exemple une retranscription, une traduction en écriture FALC (système de langage facile à lire et à écrire). » de la première6V. auparavant Chiara Kahn dénonçant, en tant que chroniqueuse à Politis, « les prises de position validistes de la Macronie » – traduites par le « budget 2026, tel qu’il [avait été annoncé début octobre ; il] précarisera encore davantage les personnes en situation de handicap » (La newsletter féministe à l’intersection des luttes le 4 ; instagram.com 26 sept. 2025)., la journaliste renvoie à l’« essai autobiographique » de la seconde, De chair et de fer. Vivre et lutter dans une société validiste La Découverte, 20227V. auparavant son Dictionnaire CRIP, autoédition, 2020 ; Queerisation des handicaps : le militantisme crip en questions, thèse de philosophie, Paris VII, 2018, charlottepuiseux.weebly.com (pour ses résumé et avant-propos)..

Invitée par Marina Carrère d’Encausse à proposer une définition, elle le fait au milieu de cette émission titrée « Charlotte Puiseux : « J’ai tout de suite été identifiée comme handicapée, et à l’école j’ai subi des discriminations » », radiofrance.fr/franceculture/podcast le 29 nov. 2025 ; v. déjà Flavien Larcade, « Le « validisme », une oppression méconnue », politis.fr 18 mars 2020 (extrait), citant Céline Extenso : « Créatrice avec sept autres femmes du collectif Les Dévalideuses, elle milite au quotidien8« Il y a six ans, Céline Extenso cofonde le collectif », rappelait Pierre Jequier-Zalc à la fin de l’été 2025 ; « selon son expérience, le temps militant n’est pas forcément compatible avec les temporalités handis. (…) Quand elle fait son burn-out, [elle] décide de quitter la présidence des Dévalideuses (…). Plus d’un an après, Céline Extenso « ne se sent pas prête à reprendre une activité militante collective ». Même si elle sait que sa parole porte et qu’elle veut continuer à la faire entendre notamment en écrivant. « J’ai encore une grande lassitude de voir à quel point, en façade, on n’a aucun ennemi, alors que, dans la réalité, personne ne s’adapte vraiment pour qu’on ait de bonnes conditions de travail militant en commun » » (« Burn-out militant. Peut-on s’engager sans y laisser sa peau ? », Politis 24 juill.-27 août 2025, n° 1872 à 1876, n° spécial : « Émotions et politique », p. 24 : « « Comment s’engager sans se cramer« . Le sous-titre du livre d’Hélène Balazard et Simon Cottin-Marx, Burn-out militant, à paraître début septembre chez Payot, parle de lui-même. Depuis quelques années la notion est apparue, notamment au sein des mouvements féministes » ; les deux autres témoignages, page 25, sont de Youlie Yamamoto et d’Alice, engagée aussi pour l’écologie et la Palestine : alors qu’elle « tente une reconversion professionnelle », il lui faudra être hospitalisée, d’avril à début juin). », avec sur les réseaux « des conseils s’approprier la question du « validisme » (…). Qu’il soit visible ou invisible, le handicap concernerait une personne sur six en France. Soit 10 millions d’individus confrontés au validisme » ; Charlotte Puiseux (entretien avec, par Catherine Robert), « Qu’est-ce que le validisme ? », artcena.fr 18 avr. 20259Pour un autre extrait, v. cette note (avec sa critique du film Un p’tit truc en plus). : « Le validisme est le système de domination que subissent les personnes handicapées. C’est un système présent dans toutes les strates et toutes les sphères de la société… Voilà pourquoi on parle de système. Des chiffres alarmants attestent de sa prégnance et de sa cohérence : le taux de chômage très élevé qui précarise les personnes handicapées, tout comme le maintien de l’AAH (l’allocation adulte handicapé, allocation attribuée aux personnes handicapées ne pouvant travailler) en dessous du seuil de pauvreté, les difficultés pour se loger, le manque d’accessibilité des endroits du commun, notamment les lieux de culture, la pauvreté des vies amicales et amoureuses du fait du peu de rencontres que ces personnes souvent isolées peuvent faire et du peu de liens qu’elles peuvent tisser. Comment le validisme se constitue-t-il en système ? Ce système se constitue en deux temps. D’abord par une catégorisation [entre valides et handicapés], ensuite par une hiérarchisation des catégories (…) : c’est le cœur du validisme. Une de ces deux catégories vaut plus que l’autre : je vous laisse deviner laquelle ! (…) ».

Note créée le 5 févr.

Notes

1 V. respectivement les articles de Khedidja Zerouali, « Près de Grenoble, une entreprise adaptée fait pression sur ses syndicalistes », Mediapart 25 avr. 2025 ; Mathilde Goanec, « Handicap à l’école : « Nous sommes tous désarmés » », le 17 juin ; Yannis Angles et Marie Turcan, « « C’est toujours une bataille » : les personnes handicapées face à la violence administrative », Mediapart le 1er – utilisé pour la troisième illustration de billet daté du 11 févr. 2025, Vingt ans après la loi Handicap : éléments pour un bilan (dont la première version a été publiée juste avant la vidéo du 23 juin).
2 S’appauvrir à vie. Formes de pauvreté, synthèse projective et positionnement des personnes handicapées, thèse en cours depuis 2024 sous la direction de Pierre-Yves Baudot à Paris Dauphine (theses.fr ; le 23 juin 2025, elle citera notamment la Défenseure des droits).
3 Durant l’été, j’avais apprécié de voir Charlotte Puiseux remettre les chiffres, si souvent avancés, en perspectives ; une dizaine de minutes plus tard, vers la 55ème, elle abordait la désinstitutionnalisation et le « droit à la vie autonome ».
4 « À propos de la Crip Theory », v. le texte de Julie Williams sur le site lesdevalideuses.org (qui le traduit) ; v. aussi Vincent Patigniez – Respectives Formation, « 1 minute 1 livre : n° 1 », 30 oct. 2025, et cet extrait de Chiara Kahn et Charlotte Puiseux, publié sur le site lmsi.net 9 déc. 2025 (dernier chapitre, intitulé « S’inspirer des théories queer pour interroger le handicap : le mouvement crip » ; pour un autre extrait, v. cette note relative à la série Un mètre vingt).
5 Dans le chapitre précité, les autrices écrivent : « Conpassion n’est pas le seul à donner la parole aux personnes concernées pendant un temps long. Les Invisibles discute avec des personnes dont la pathologie n’est pas toujours perceptible par l’entourage et raconte l’isolement engendré. Les podcasts proposent des modes de consommation, délinéarisés, parfois interactifs, imposant des lectures et écritures nuancées. Ils permettent à la fois de prendre le temps dans la production, de publier en différé un contenu retravaillé et surtout, pour le public, de consommer dans de bonnes conditions. Il est aussi ici question de permettre aux producteurs et productrices de contenus de se situer, de comprendre leurs biais dans leur traitement de l’information, pour produire un contenu respectueux et inclusif. Les podcasts poussent (ou en tout cas certains tentent de le faire) in fine à un circuit production/consommation plus lent et réfléchi, en accord également avec les idéaux écologistes. Mais aussi de rendre accessible les médiums, de prendre de nouveaux réflexes, en proposant par exemple une retranscription, une traduction en écriture FALC (système de langage facile à lire et à écrire). »
6 V. auparavant Chiara Kahn dénonçant, en tant que chroniqueuse à Politis, « les prises de position validistes de la Macronie » – traduites par le « budget 2026, tel qu’il [avait été annoncé début octobre ; il] précarisera encore davantage les personnes en situation de handicap » (La newsletter féministe à l’intersection des luttes le 4 ; instagram.com 26 sept. 2025).
7 V. auparavant son Dictionnaire CRIP, autoédition, 2020 ; Queerisation des handicaps : le militantisme crip en questions, thèse de philosophie, Paris VII, 2018, charlottepuiseux.weebly.com (pour ses résumé et avant-propos).
8 « Il y a six ans, Céline Extenso cofonde le collectif », rappelait Pierre Jequier-Zalc à la fin de l’été 2025 ; « selon son expérience, le temps militant n’est pas forcément compatible avec les temporalités handis. (…) Quand elle fait son burn-out, [elle] décide de quitter la présidence des Dévalideuses (…). Plus d’un an après, Céline Extenso « ne se sent pas prête à reprendre une activité militante collective ». Même si elle sait que sa parole porte et qu’elle veut continuer à la faire entendre notamment en écrivant. « J’ai encore une grande lassitude de voir à quel point, en façade, on n’a aucun ennemi, alors que, dans la réalité, personne ne s’adapte vraiment pour qu’on ait de bonnes conditions de travail militant en commun » » (« Burn-out militant. Peut-on s’engager sans y laisser sa peau ? », Politis 24 juill.-27 août 2025, n° 1872 à 1876, n° spécial : « Émotions et politique », p. 24 : « « Comment s’engager sans se cramer« . Le sous-titre du livre d’Hélène Balazard et Simon Cottin-Marx, Burn-out militant, à paraître début septembre chez Payot, parle de lui-même. Depuis quelques années la notion est apparue, notamment au sein des mouvements féministes » ; les deux autres témoignages, page 25, sont de Youlie Yamamoto et d’Alice, engagée aussi pour l’écologie et la Palestine : alors qu’elle « tente une reconversion professionnelle », il lui faudra être hospitalisée, d’avril à début juin).
9 Pour un autre extrait, v. cette note (avec sa critique du film Un p’tit truc en plus).