Iran

En 2025, j’ai consacré plusieurs notes de bas de page à la situation – des femmes – iranienne(s) ; en attendant de les reprendre éventuellement ici, v. celles n° 38, 53, 551Le 3 mars 2026, je reprends ici les titres des contributions d’un Hors-série édité par Le Monde des Religions : Les 20 dates clés de l’islam, juin 2015, HS n° 24, avec Nabil Mouline, « Vers 850. La formation du sunnisme », p. 34, Yann Richard, « 1501. L’Iran devient chiite », p. 60 et Jean-Pierre Filiu, « 1979. La Révolution islamique en Iran » (chapitre sous-titré « Le grand tournant » ; je souligne), en ajoutant d’autres repères temporels comme le limogeage de Mohammad Mossadegh « par le Shah d’Iran le 22 août 1953, suite à l’Opération Ajax » (« secrètement menée par le Royaume-Uni et les États-Unis, [cette opération fût] exécutée par la CIA et MI6 ») : v. sa page wikipedia.org au 28 févr. 2026 ; pour les années 1930, v. dans le corps du texte (en citant Pierre-Jean Luizard) et, en remontant plus loin, Bernard Hourcade, « Comment votent les Azéris d’Iran », in Réflexions sur les relations et les coopérations internationales. Le Kiosque. Mélanges offerts à Jean Marcou, L’Harmattan, 2024, p. 213 : rappelant d’abord que « la dynastie turcophone des Safavides a fondé l’État iranien moderne au XVIème siècle autour du chiisme, avec Ispahan pour capitale » (en citant Yann Richard, L’Iran. De 1800 à nos jours, 2023 [flammarion.com, édition actualisée en juin 2025]), Bernard Hourcade écrit pp. 216-217 : « Après la longue période d’anarchie qui a suivi l’effondrement du royaume safavide en 1722, la dynastie des Qadjars [Qâjârs] a gouverné la Perse de 1786 à 1923. Téhéran était la capitale administrative et politique de la Perse, mais Tabriz était la capitale culturelle et internationale du pays, en relation avec le monde moderne d’Istanbul et de Bakou, avec les innovations techniques et culturelles. La dynastie des Pahlavi (1925-1979) a mis fin à cette prééminence azérie en construisant un l’État iranien contemporain [avec une] (…) nouvelle centralité persane » ; « En février 1978, la répression des manifestants de Tabriz fut le point de départ d’une contestation générale, populaire qui s’est jointe à la révolte des religieux de Qom et a rendu irréversible le mouvement révolutionnaire [de l’année d’après]. Le point le plus critique de cette histoire contestataire reste cependant la création en 1945 d’une éphémère république d’Azerbaïdjan avec l’appui des troupes soviétiques qui occupaient le nord de l’Iran » (je souligne ; v. aussi infra et, sur ce dernier point, Gabriel Malek, lesclesdumoyenorient.com 26 avr. 2018-17 oct. 2025 : « En dépit de son importance historique en Asie centrale et géopolitique au début de la Guerre Froide, la crise irano-soviétique de 1945-1946 est relativement méconnue ».)., 58 et 59 de mon billet du 31 mars, Résister à l’islamophobie genrée est « un sport de combat », ainsi que la 7ème de celui du 30 avril, Le SGEC, « une sorte de « ministère bis » de l’Éducation nationale » ?

(243 p., sept. 2025, titre ayant attiré mon attention le mardi 3 févr. 2026, depuis un présentoir de la Médiathèque Simone de Beauvoir – en son espace éphémère, dans l’ancienne école rue de la République à Romans-sur-Isère : valenceromansagglo.fr ; illustration ramenée en début de billet un mois plus tard, en ce qu’elle me paraît plus appropriée que la couverture représentant Golshifteh Farahani, albin-michel.fr 2012, 379 p. Pour des extraits de Nahal Tajadod, v. ma note Sports ; s’agissant du film Syngué sabour. Pierre de patience, adapté cette année-là par Atiq Rahimi à partir de son roman éponyme [2008], l’actrice iranienne y joue le rôle d’une femme manifestement afghane – autre manière de lier ces nationalités, ce qui est souvent fait comme je le rappelais aux notes 55 et 56 du billet ci-contre)

En septembre était publié le livre de Chowra Makaremi (v. ci-contre, avec des citations infra et en notes de bas de page3Chowra Makaremi, Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025, 243 p. Dans son chapitre 4, « Contre-archives », elle s’intéresse à « la contre-mémoire de la révolution de 1979 en Iran depuis le soulèvement Femme, Vie, Liberté de 2022 » (pp. 91 et s., spéc. 119) ; elle cite notamment des « lettres écrites à une tante venue faire ses études à Paris [par s]a mère, Fatemeh Zarei », ainsi qu’à une autre tante, « Fataneh Zarei ». « En décembre 1979, Fataneh écrit à sa sœur : « (…) Tant que ce guide suprême, Khomeiny, est en vie, il n’y a aucune inquiétude à avoir » ; « c’est aussi ce que laisse entendre Michel Foucault », témoignant de la « rigueur de son attention à ce qui se pensait alors sur place (…). Ce qui échappe aux protagonistes, et à leur observateur, c’est la façon dont une fraction radicale du clergé chiite (…) s’attelle dès février 1979 à la mise en place légale, paralégale et extra-légale d’un dispositif étatique fasciste » (pp. 103 et 106-107 ; on est ici loin des approches téléologiques citant les écrits de Foucault pour le discréditer : j’ajouterais peut-être quelques références à cet égard à l’occasion). Cinq ans avant de rejoindre son père en exil en France, l’autrice avait huit mois lors de la détention de sa mère, Fatemeh : « Candidate aux premières élections législatives de la jeune République islamique en 1981 pour le parti d’opposition des Mojahedins du Peuple à Chiraz », elle sera « arrêtée lors d’une manifestation à la mi-juin de cette même année », puis « tuée, en 1988, [avec] au moins 5 000 personnes » (pp. 167-168, en renvoyant à son film documentaire Hitch. Une histoire iranienne, 2019 ; je souligne et cite l’un des chapitres de son livre de 2023, p. 126 [shs.cairn.info extrait], « 17 octobre 2022 » : « Il y a quarante ans, un 17 octobre, ma tante Fataneh, la sœur de ma mère, était exécutée dans la prison de Bandar Abbas, une ville portuaire de l’Est iranien. C’est là qu’elle a été enterrée, à côté de son mari Ali-Mohamad qui avait été tué quelques mois auparavant par les gardiens de la révolution »). Début 2026, Valérie Lehoux lui demandait : « L’actuelle répression est-elle inédite ? » ; elle de répondre : « En fait, le pouvoir renoue avec la violence des années 1980 », au nom d’« une raison politique qui permet de tuer massivement pour maintenir son ordre [théocratique]. Malgré tout, ce massacre est inédit par son ampleur, jamais vue, et par le climat de terreur qu’il impose » ; telerama.fr 1-2 févr., extrait)..

V. aussi, depuis mon billet, Azar Nafisi (entretien avec, par Hamdam Mostafavi), « Aux États-Unis, je revis les cauchemars que j’ai eus en Iran », liberation.fr 30 mai (extrait) ; Rokhaya Diallo, extrait instagram.com (à partir de BFM Grand Soir) 31 oct.

Au lendemain de la sortie de prison de « Cécile Kohler et Jacques Paris », v. Victor Gautier, « « Tout revient d’un coup » : l’ex-otage en Iran Olivier Grondeau raconte son difficile retour à la vie quotidienne », tf1info.fr 5 nov. : « On est suivi par des psys. On est un peu sur deux lignes temporelles : à la fois, on vit à nouveau notre vie quotidienne, et puis de temps en temps, au fil des événements politiques, par exemple quand Benyamin Netanyahou frappe l’Iran ou qu’un de nos amis se fait exécuter, tout revient d’un coup ».

Pour citer Mahsa Amini (21 sept. 1999-16 sept. 2022), j’utilisais à la 55ème note255ème note de mon billet du 31 mars précité, en ajoutant Jina quelques lignes plus loin, sans savoir alors qu’il s’agissait de « son prénom kurde à l’état civil iranien » (Chowra Makaremi, ouvrage cité à la première illustration de ce billet, 2025, p. 10). les mots d’une prix Nobel de la paix (l’année d’après) ; v. depuis Bahar Makooi, « Iran : Narges Mohammadi, arrêtée par le pouvoir pour « couper court à toute convergence des luttes » », france24.com avec AFP 18 déc. 2025, laquelle écrivait que si les « images d’Iraniennes dévoilées et souriantes peuvent donner l’illusion d’une liberté retrouvée, la répression s’est toutefois intensifiée ces derniers mois, notamment depuis la guerre de douze jours contre Israël en juin 2025 [du 13 au 24 ; v. infra], préviennent les organisations de défense des droits humains. Plus de 1 400 exécutions ont déjà eu lieu cette année » ; « après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à l’avocat Khosrow Alikordi, retrouvé mort début décembre », et avec « plusieurs dizaines de militants de premier plan », Narges Mohammadi « a été de nouveau interpellée le 12 décembre ».

Début 2026, Quentin Lafay recevait – dans Questions du soir : le débat – son avocate, Chirinne Ardakani, présidente de l’association Iran justice, et Chowra Makaremi4L’« anthropologue et réalisatrice de cinéma française d’origine iranienne » était invitée de Xavier Mauduit, un mois plus tard, pour un épisode du podcast Le Cours de l’histoire, intitulé « Iran 1988, l’opposition massacrée », (radiofrance.fr/franceculture 12 févr. 2026) : « Le 3 juin 1989, Rouhollah Khomeini meurt. Ali Khamenei lui succède en tant que Guide suprême de la République islamique » (je souligne ; le 14 février, l’ayatollah visait Salman Rushdie d’une fatwa : v. la page 1005 de ma thèse, 2017). « Contrairement aux révoltes précédentes – du mouvement étudiant de 1999 à la révolte des classes populaires en 2017-2019en passant par le mouvement vert de 2009 – « on a une alliance de toute tous ces différents mouvements à l’automne 2022 (…) » », rappelait Chowra Makaremi lors d’une précédente émission (Julie Gacon, « « Femme, vie, liberté » : chroniques d’une révolution en Iran », 17 août 2023, radiofrance.fr/franceculture/podcast Les Matins d’été ; je souligne) ; concernant son essai Femme ! Vie ! Liberté ! Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran, La Découverte, 2023, v. son échange avec Victoire Tuaillon (Les Couilles sur la table #86, binge.audio/podcast le 12 oct., rediffusé le 15 janv. 2026). En septembre 2025 était publié chez le même éditeur un autre de ses livres (v. supra, ainsi que la première illustration) ; Chowra Makaremi le commence ainsi : « Vendredi 16 septembre 2022, je suis à Baltimore [et] retrouve Sina, un doctorant en anthropologie qui écrit une thèse sur la mémoire du massacre de Halabja parmi les exilés kurdes aux États-Unis. En 1988, cette ville du Kurdistan irakien a été attaquée à l’arme chimique (…) » (« Prologue… » de Résistances affectives…, p. 5 ; v. l’ajout au terme de mon billet du 31 janv. 2021, Un « Manuel » publié par l’Organisation des Nations Unies ; et à l’écran, la « destruction » de l’une d’entre elles : l’Irak). Elle aussi chercheuse, Somayeh Rostampour explique que « les contestations étaient dominées par les réformistes [jusqu’au « tournant » de 2017, lorsque « les revendications prennent un caractère nettement plus radical, voire révolutionnaire. Les soulèvements de 2017 et 2019 ont principalement émergé dans les périphéries du pays, notamment dans les régions kurdes et arabes. En 2020, la contestation était davantage localisée dans la région arabe » ; deux ans plus tard, elle « devient véritablement nationale » et la « révolte de décembre-janvier » dernier est donc « la cinquième » depuis (Ines Gil, « Entretien avec, par Somayeh Rostampour sur l’Iran : « une partie de la population redoute une guerre régionale catastrophique, tandis qu’une autre voit dans une intervention extérieure une opportunité de changement » », lesclesdumoyenorient.com 27 févr. 2026 ; je souligne)., « Le régime iranien est-il en état de mort cérébrale ? », radiofrance.fr/franceculture/podcast le 13 janv. ; v. aussi « Comprendre le soulèvement en Iran – Chowra Makaremi | Collectif Roja | Parham Shahrjerdi », lundimatin le 14 janv.

Golshifteh Farahani, « En Iran, la résistance à l’abomination, aux dictatures et aux envahisseurs est dans notre sang », lemonde.fr les 16-17 (extrait) ; v. aussi les tribunes publiées dans Le Monde le 17, p. 28 : Arman Mahmoudian (traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Bor), « En Iran, une intervention américaine rendrait imprévisible l’avenir du régime » (extrait) ; Asso Hassan Zadeh, « Reza Pahlavi est loin d’être une figure fédératrice dans la société iranienne » (extrait) : pour « le juriste franco-iranien kurde, ancien secrétaire général adjoint du Parti démocrate du Kurdistan d’Iran », la « société iranienne est plurielle, traversée par des luttes sociales, nationales et politiques profondes. Les femmes, les jeunes, les travailleurs, mais aussi les peuples non persans – Kurdes, Baloutches, Arabes, Azéris5Renvoyant notamment à Jean-Pierre Digard (dir.), Le fait ethnique en Iran et en Afghanistan, CNRS, 1988 (actes d’un colloque « tenu en 1985 », recensés par Altan Gokalp dans la Revue française d’anthropologie. L’Homme 1994, n° 129, pp. 209-210), en se demande si les « Azéris d’Iran, turcophones et chiites, (…) occupent toujours une place centrale dans la vie politique iranienne contemporaine », v. Bernard Hourcade, in Mélanges offerts à Jean Marcou préc., 2024, p. 213 (v. encore infra). – jouent un rôle déterminant dans les mobilisations actuelles, souvent au prix d’une répression accrue. De larges pans de la société, et les élites civiles et politiques qui les représentent, s’accommodent très mal de la perspective d’une alternative confiée à Reza Pahlavi. En particulier les Kurdes d’Iran, qui comptent parmi les acteurs les plus constants et les plus durement réprimés, le rejettent massivement. Ils se sont mobilisés de leur propre initiative ou, pour les grèves générales, en réponse à l’appel des principaux partis politiques kurdes, réunis au sein d’un « centre de dialogue ». Ces éléments, essentiels pour comprendre la composition et les ambitions du mouvement, restent largement absents du récit médiatique dominant en France » (v. la note Médias).

Capture d’écran réalisée au matin du 5 févr. 2026, après avoir découvert cette conférence en envisageant d’illustrer avec son livre (fayard.fr 2008, 284 p.), cité ci-contre et en note de bas de page 466 de ma thèse (2017) – à propos de la Turquie ; en novembre de cette année-là, il termine par ce pays et n’aborde l’Iran qu’à quelques reprises (spéc. vers les 4, 17 et 57èmes minutes, ainsi qu’en conclusion), mais il m’a semblé que ce spécialiste de l’Irak (v. aussi mon ajout – lors de la création de cette note – dans mon billet du 31 janv. 2021) méritait d’être écouté pour le décentrement qu’il propose (d’un point de vue laïque et historique français)    

Jamal Ouazzani (jins_podcast), « « LE VOILE C’EST ANTIFÉMINISTE » : arrêtons avec ça ! », instagram.com le 23 ; v. Pierre-Jean Luizard, Laïcités autoritaires en terres d’Islam, Fayard, 2008, pp. 142-143 : « La campagne d’« émancipation » forcée des femmes, qui s’accéléra à partir de 1934, aboutit à la loi de 1936. Mais [cette loi] interdisant aux femmes de porter le voile dans l’espace public (l’Iran fut le premier pays musulman à adopter cette mesure par une loi) transposa le conflit dans la sphère la plus intime. Dévoiler la femme était ressenti comme un viol, qui se devait d’être lavé comme un crime d’honneur. Certaines Iraniennes, qui avaient reçu une instruction dans les écoles de filles créées depuis la fin du XIXe siècle, commençaient à se montrer dans la sphère publique. Mais la contrainte choquante de la loi donnait soudain à cette évolution un caractère diabolique. Les familles traditionnelles s’efforcèrent de retenir leurs filles à la maison au lieu de les scolariser. Rezâ Shah ordonna à la police d’arracher le tchador de celles qui passaient outre, ce qui provoqua de nombreux incidents et un ressentiment général contre la modernisation imposée par la force. (…) Loin de contribuer à l’émancipation des femmes, le dévoilement obligatoire l’a plutôt ralentie ».

Après un premier livre (en 2023) reprenant le « slogan Femme, Vie, Liberté (Jîn, Jyan, Azadi) », Chowra Makaremi écrit deux ans plus tard que « le voile obligatoire n’est pas l’objectif ou l’objet de la contestation, mais son langage de lutte » ; et de pointer, plus loin, la déformation « hors contexte » des « gestes de la révolte féministe (…) en autant d’arguments dans la bouche de ceux qui n’aiment pas les musulmans et souhaitent les effacer de l’espace public, pour habiller leur haine, leur peur, leur répugnance avec des valeurs de courage et d’émancipation – pour les déguiser en lutte pour la liberté. En Inde et dans les pays européens, la question du voile s’est imposée comme point de cristallisation d’une hostilité aux populations musulmanes qui vivent de fait dans une position subalterne. C’est particulièrement le cas en France où règne une exception en la matière » (Chowra Makaremi, Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025, pp. 19 et 28).

S’il est « devenu pour certaines un langage de lutte dans la France d’aujourd’hui, comme il l’a été dans l’Iran des années 1970, (…) notamment par un réinvestissement anti-impérialiste de l’islam politique », l’autrice invite à la lucidité « quant au potentiel d’émancipation – illusoire – du projet islamiste qui est, par essence, un projet de réaction, de conservation, de réinvention de la tradition. Mais cette histoire iranienne ne porte en revanche aucun enseignement, pas un seul, sur le bien – ou le mal-fondé du port du voile en soi, surtout lorsque ce sujet est utilisé comme un point de fixation pour dévaluer et exclure des groupes minoritaires qui font au quotidien l’expérience d’une grande inégalité d’accès à l’espace, aux métiers, à l’éducation… (…) Ce rejet et ce dégoût du voile bien de chez nous ne regardent d’aucune façon les Iraniennes. Ils recomposent des discours et des programmes à partir de pulsions primitives de haine, alors que le mécanisme affectif de contestation, qui pousse les Iraniennes à brûler leur voile, puise au contraire sa puissance émotionnelle dans une compréhension de la situation – une façon qu’a le meurtre de Jina Mahsa Amini de faire sens et de résumer la violence d’un ordre » (pp. 29-30 ; je souligne).

Chowra Makaremi ajoute que « ces incompatibilités radicales, bien sûr, n’ont pas pesé lourd face aux raccourcis et à la manipulation des images. Ce que la seconde vie du fétichisme est parvenue à faire, en toute mauvaise foi, c’est de retourner, contre les minorités immigrées en Europe, un mouvement dont l’un des fronts les plus actifs et les plus visibles a été la revendication d’égalité pour les minorités (kurdes, baloutches) en Iran – un soulèvement dont le fer de lance était l’abolition de la citoyenneté de seconde zone » ; avant de critiquer l’« élaboration d’un discours de pouvoir (comme celui qui utilise les images de la révolte Femme, Vie, Liberté pour appuyer l’interdiction du voile en Europe) », elle écrit : « Le désintérêt stratégique est la pire des choses qui peut arriver non seulement aux Iraniennes, aux Afghanes, mais aussi aux féministes anticoloniales. Au contraire, il faudrait reprendre la main sur la question de l’attention, et retourner en connaissance de cause son regard sur le point précis d’où partent la neutralisation et la récupération » (pp. 31, 35 et 33 ; je souligne).

Ses chapitres suivants6Le premier s’intitule « Cheveux », pp. 13 et s. s’y emploient, en tissant d’autres liens avec des évènements7Dans le deuxième, « Feux », après cinq pages non centrées sur l’Iran, elle en vient à l’immolation le « 21 février 1994, à Téhéran, [d’]une pédopsychiatre de cinquante-quatre ans (…) place Tajrish », en invitant à ne pas oublier « Homa Darabi et toutes les vies anonymes calcinées » (pp. 37 et s., spéc. 42-43 ; je souligne). montrant que « l’indignation n’est pas une émotion de la séparation, mais de partage » ; ils témoignent d’« un refus de subir certains affects (la peur, la frustration, le soupçon) et d’être gouvernés à travers eux », là où les « [p]olitiques de la cruauté (…) ciblent les liens et les capacités d’attachement » (pp. 46, 47 et 127 ; v. en 2026 : son entretien avec Salomé Saqué, « Quel rôle pour les émotions dans les résistances ? », blast-info.fr 24 févr., émission de 45 min. ; Isabelle Stengers, « Résister aux « politiques de la cruauté » avec Chowra Makaremi », terrestres.org le 27, précisant que l’essentiel de cette recension a été rédigé avant « le massacre des manifestants anti-gouvernementaux dont on sait que, en deux jours, il a fait plus de 36 000 morts  »).

Mai Sato (entretien avec, par Madjid Zerrouky), « Iran : « des dizaines de milliers de victimes » », Le Monde 27 janv. 2026, p. 5 (extrait) : rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme en République islamique d’Iran depuis août 2024, elle insiste sur les effets de la coupe d’Internet ; elle revient plus loin sur son premier rapport, publié le 26 septembre de cette année-là : elle rappelle avoir écrit que si le « rythme se poursuivait, le nombre d’exécutions dont nous avons connaissance dépasserait le millier sur une année. En 2025, au moins 1 500 personnes ont été exécutées ».

Dans Questions du soir : l’idée, Quentin Lafay recevait Bernard Hourcade, « géographe, chercheur émérite au CNRS et membre du comité de rédaction Orient XXI », et Adel Bakawan, « directeur du European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA), chargé d’enseignement à Sciences Po Lyon 2, chercheur associé au Programme Turquie/Moyen-Orient de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) » (auteur de La décomposition du Moyen-Orient. Trois ruptures qui ont fait basculer l’histoire, Tallandier, 2025), pour une émission titrée « 1979-2026 : comment l’Iran est-il devenu l’ennemi de l’Occident ? », radiofrance.fr/franceculture/podcast le 30 (à la toute fin, le second estime que l’analyse du premier, en termes d’indépendance sur la question du nucléaire8Sur cette question, un évènement important s’est déroulé lors du premier mandat de Donald Trump, le mardi 8 mai 2018, « le président américain a annoncé qu’il désengageait son pays de l’accord nucléaire avec l’Iran conclu par son prédécesseur (…) démocrate Barack Obama » – en 2015 (« après vingt et un mois de négociations », rappelait lemonde.fr) ; v. à ce propos Didier Idjadi, invité avec Chowra Makaremi et Armin Arefi par Mattéo Caranta dans Questions du soir : le débat (radiofrance.fr/franceculture/podcast 3 juill. 2025)., serait dépassée depuis le 7 oct. 2023).

Autre émission très riche, Géopolitique, présentée Marie-France Chatin, avec Clément Therme, « chargé de cours à l’Université de Montpellier Paul-Valéry » (auteur notamment d’Idées reçues sur l’Iran. Un pouvoir à bout de souffle ?, lecavalierbleu.com 28 août 2025), Nasser Etemadi, « journaliste à la rédaction persane de RFI » et Pierre Razoux, « historien, directeur académique de l’Institut Fondation méditerranéenne d’Études stratégiques », « Iran : l’escalade peut-elle être évitée ? », rfi.fr/podcast le 31 (permet notamment de comprendre les contraintes militaires à l’intervention américaine, si telle était vraiment l’intention de Donald Trump – qui n’est en tout cas pas d’aider le peuple iranien).

Chowra Makaremi (entretien avec, par Valérie Lehoux), « En Iran, la réconciliation n’est plus possible entre la société et l’État », telerama.fr 1-2 févr. 2026 : « La société est dans un état de sidération. Il existe un grand flou sur les chiffres, qui ne cessent d’augmenter. Le bilan pourrait dépasser les trente mille morts, ce qui est absolument immense. Et la répression se poursuit. Des vagues d’arrestation ciblent des activistes (…). La situation est effroyable : parmi mes amis ou mes relations là-bas, chacun connaît au moins une personne, souvent jeune, qui a été non seulement blessée – notamment aux yeux, puisque c’est l’un des endroits visés –, mais qui a été tuée, mitraillée, ou dont on est sans nouvelle »9Plus loin, l’anthropologue affirme : « L’ordre théocratique est devenu incompatible avec les modes de vie des Iraniens et des Iraniennes, connectés, éduqués, séculaires, sécularisés » (v. la note suivante). ; « La contestation économique, qui existait déjà dans « Femme, vie, liberté », n’a fait que croître. Avec la volatilité extrême des prix et la situation de quasi-loi martiale, des commerçants, y compris dans le bazar, ne rouvrent pas. Le système bancaire s’est effondré du fait d’avoirs toxiques rendus possibles à cause de la corruption. Je ne vois pas comment l’État pourrait y remédier. Les jours qui viennent s’annoncent encore plus sombres, économiquement et socialement ».

Agathe Lambret et Paul Larrouturou, « Frédéric Encel et Azadeh Kian dans le 8h30 », franceinfo 2 févr., en regrettant que le premier interrompe la seconde alors qu’elle rappelle les victimes civiles innocentes suite à « des frappes israélo-américaines le 12 juin » (v. un peu avant la 4ème minute [et l’article de France 24 auquel il est renvoyé supra] ; cet entretien croisé contient des développements intéressants sur la sécularisation, autrement dit les questions de laïcités/religions10Cette phrase tend à confondre ces deux notions, alors qu’il importe d’éviter d’« opérer un court-circuit entre laïcité et sécularisation : on est plus ou moins sécularisé suivant que l’on a un rapport proche ou éloigné de la religion, que l’on « en prend et on en laisse », selon l’expression populaire » ; en résumé, la sécularisation « est de l’ordre du socio-culturel » là où, relevant du politique, la laïcité (française originelle) offre « la possibilité d’avoir des rapports très divers avec la sécularisation, rapports qui sont la conséquence du choix » (Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La Découverte, 2012, p. 130). « Le sécularisme s’enracine dans les séminaires », déplorait durant l’été 2018 « un polémiste ultraconservateur, Hassan Rahimpour Azghadi » (Louis Imbert, « À Qom, la discrète émancipation du haut clergé », Le Monde Spécial 11 févr. 2019, p. 7 : « L’Iran en quarantaine »). Cet article rappelait plus loin qu’en 2009, le mouvement vert « protestait contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (au pouvoir de 2005 à 2013) » (je souligne ces repères temporels, en ajoutant à ceux déjà mentionnés les rassemblements de juillet et novembre 2021 (v. Thomas Guien, tf1info.fr 10 janv. 2026 ; suite à une « chute brutale des températures », v. aussi Ghazal Golshiri, « En Iran, des pénuries d’énergie provoquent la fermeture d’écoles et d’entreprises », Le Monde 19 déc. 2024, p. 3). ; et un extrait de l’invitée du 7H50 de Benjamin Duhamel, « Golshifteh Farahani11Lundi 23 février 2026, j’ai enfin vu Mensonges d’État, dans lequel elle interprétait le personnage d’Aïsha (wikipedia.org au 23 sept. : « film d’espionnage américano-britannique réalisé par Ridley Scott et sorti en 2008 », avec « Leonardo DiCaprio et Russell Crowe dans les rôles principaux » ; « Selon Thomas Sotinel du Monde à l’occasion de la rediffusion du film sur Arte en 2024, « [sont mis] en scène les sales tours que la CIA sort de son sac à malices dans sa guerre contre Al-Qaida », « Mensonges d’État restera comme l’un des plus réussis des films d’action nés des décombres du 11-Septembre [2001] »). Une semaine plus tard, Anasse Kazib relevait le « lapsus » commis par le général Vincent Desportes, dans une déclaration plus qu’inquiétante (revolutionpermanente.fr et anassekazib, instagram.com 2 mars 2026).: « Je rêve d’un Iran où les gens ne meurent pas pour leur envie d’être libres » », France Inter) ; v. encore ce jour-là :

  • « l’invité de la Matinale », « répondant aux questions de la journaliste Zohra Ben Miloud, accompagnée du journaliste Jean-Mathieu Pernin », « Répression en Iran : « C’est la plus grave crise politique interne » qu’a connue le pays, observe le chercheur Thierry Coville » (franceinfo.fr/replay) ;
  • Laurent Rigoulet à propos de Mehdi Mahmoudian, « Le coscénariste de la Palme d’or “Un simple accident” emprisonné en Iran, Jafar Panahi fait son éloge », telerama.fr (« sur son compte Instagram », en citant aussi Abdullah Momeni et Vida Rabbani ; « Au début du week-end, le cinéaste se faisait l’écho des mots du documentariste Mohammad Nourizad, emprisonné lui aussi »).

« Iran-États-Unis : « L’Europe doit arrêter d’être spectatrice », affirme Chirinne Ardakani (…) », bfmtv.com 4 févr. 2026 : appelant à « arrêter de commenter [chaque] décision unilatérale de Donald Trump, qui twitte selon son humeur du jour », elle appelle les États européens à cesser d’envisager seulement une « intervention » d’ordre militaire, en agissant réellement pour redonner aux instances onusiennes toute leur place ; v. aussi ce mercredi « Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix, en grève de la faim en prison », lorientlejour.com avec AFP : « depuis trois jours, a indiqué mercredi l’avocate de sa famille. La militante « demande (à) obtenir son droit d’exercer un appel », de pouvoir avoir « accès à ses avocats en Iran » et de recevoir de la visite, a déclaré son avocate, Chirinne Ardakani, basée à Paris. Le dernier appel à sa famille date du 14 décembre et celle-ci a été informée de la grève de la faim par un détenu qui a été libéré récemment ».

« « Pourquoi l’Iran n’a-t-il toujours pas capitulé ? », se demandait le président américain Donald Trump (20 février) »12Bernard Hourcade, « Quelle relève pour l’Iran ? Les États-Unis soufflent le chaud et le froid sur Téhéran », Le Monde diplomatique mars 2026, p. 11, extrait : « Les massacres de janvier 2026 constituent en effet un point de rupture et pourraient bien être fatals à la République islamique » ; pour un récit revenant assez précisément sur cette séquence, Melaine Fanouillère, L’Actu des Oublié.e.s, « Épisode 6 • Iran », regards.fr/podcast 5 févr.. Le jour du « troisième cycle de négociations entre Washington et Téhéran », v. William Jean, « De Genève aux geôles de Téhéran : le nucléaire iranien, seul levier diplomatique », politis.fr 26 févr. 2026 (extrait) ; le lendemain, à 18h, v. Rachida El Azzouzi, « L’Iran sous pression maximale d’une intervention des États-Unis », Mediapart le 27 : « Les deux pays ennemis, qui ont renoué le dialogue le 6 février, avaient rompu les discussions en juin (…)13La journaliste rappelle l’attaque israélienne de juin 2025 (v. aussi supra), « à laquelle Washington s’était joint en bombardant des sites nucléaires iraniens » (je souligne).. À l’époque, Donald Trump n’avait pas hésité à bombarder l’Iran entre deux pourparlers. « La probabilité de frappe est pour l’heure supérieure à la probabilité d’un accord », estime auprès de Mediapart le spécialiste de l’Iran Clément Therme, qui s’apprête à publier aux éditions Tallandier Iran-Israël, la guerre idéologique. De 1979 à nos jours » ; sur place, « les manifestations anti-pouvoir ont recommencé ces derniers jours avec la reprise des cours dans certaines universités » (je souligne).

Samedi 28 février, la journée commençait en France par des émissions spéciales (notamment sur France info, avec Azadeh Kian ; v. supra), après que le ⁠ministère de la défense israélien Israel Katz a annoncé dans un communiqué « une frappe préventive [sic] contre l’Iran » : « selon l’agence de presse iranienne officielle », des explosions ont « touché la grande ville d’Ispahan (Centre), la ville sainte de Qom (Centre), Karadj, située à l’ouest de Téhéran, ainsi que Kermanshah (Ouest) », rapportaient les journalistes Pierre Bouvier et Audrey Delaporte (service Photo) ; confirmant la participation américaine, Donald Trump affirmait dans un message vidéo : « Il y a quelques instants, l’armée des États-Unis a lancé d’importantes opérations de combat en Iran. (…) Nous allons détruire leurs missiles et (…) anéantir leur marine. (…) Enfin, au grand et fier peuple d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est arrivée (…) » (lemonde.fr le 28, vers 9h)…

Capture d’écran d’une publication des comptes thousandmadleensfrance, youngstruggle_france et roja.paris, instagram.com 28 févr.

Sur son réseau Truth Social, il annonçait le soir la mort d’Ali Khamenei14« Le Guide suprême Ali Khamene’i comme l’ancien Premier ministre et opposant Mir-Hossein Moussavi sont d’origine azérie », rappelait en décembre 2024 Bernard Hourcade dans sa contribution précitée, p. 216 ; « publiés sous la direction de Jean-Paul Burdy et Jamil Sayah avec le soutien du laboratoire [CERDAP²] et de Sciences Po Grenoble », ces Mélanges offerts à Jean Marcou ont fait l’objet d’une manifestation scientifique le 9 janvier 2025 : c’est alors le premier co-directeur qui abordait la situation iranienne (sciencespo-grenoble.fr/blogs le 20). ; en cette même fin de journée, une page Wikipédia était créée : titrée « Bombardement de l’école de Minab » (Shajareh Tayyebeh), il y est écrit que cet établissement d’enseignement primaire réservé aux filles, situé au sud du pays, « dans la province d’Hormozgan, a été frappée par un missile. Les frappes, qui ont débuté vers 10 h 00, heure locale iranienne, ont coïncidé avec l’heure à laquelle les Iraniens envoient généralement leurs enfants à l’école, le samedi étant un jour ouvrable en Iran » ; le New York Times, l’agence de presse « Reuters et l’organisation iranienne de vérification des faits, Factnameh », ont authentifié les vidéos montrant sa destruction (wikipedia.org), et le nombre de victimes, ici comme ailleurs, restait à établir.

La veille, lors de son discours devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, le Haut-Commissaire Volker Türk déclarait : « Je suis extrêmement alarmé par le risque d’escalade militaire régionale et ses conséquences pour les civils, et j’espère que la voix de la raison l’emportera » (rfi.fr avec AFP le 27)…

Note créée le 25 janv., complétée et actualisée au 5, puis 28 févr.

Notes

1 Le 3 mars 2026, je reprends ici les titres des contributions d’un Hors-série édité par Le Monde des Religions : Les 20 dates clés de l’islam, juin 2015, HS n° 24, avec Nabil Mouline, « Vers 850. La formation du sunnisme », p. 34, Yann Richard, « 1501. L’Iran devient chiite », p. 60 et Jean-Pierre Filiu, « 1979. La Révolution islamique en Iran » (chapitre sous-titré « Le grand tournant » ; je souligne), en ajoutant d’autres repères temporels comme le limogeage de Mohammad Mossadegh « par le Shah d’Iran le 22 août 1953, suite à l’Opération Ajax » (« secrètement menée par le Royaume-Uni et les États-Unis, [cette opération fût] exécutée par la CIA et MI6 ») : v. sa page wikipedia.org au 28 févr. 2026 ; pour les années 1930, v. dans le corps du texte (en citant Pierre-Jean Luizard) et, en remontant plus loin, Bernard Hourcade, « Comment votent les Azéris d’Iran », in Réflexions sur les relations et les coopérations internationales. Le Kiosque. Mélanges offerts à Jean Marcou, L’Harmattan, 2024, p. 213 : rappelant d’abord que « la dynastie turcophone des Safavides a fondé l’État iranien moderne au XVIème siècle autour du chiisme, avec Ispahan pour capitale » (en citant Yann Richard, L’Iran. De 1800 à nos jours, 2023 [flammarion.com, édition actualisée en juin 2025]), Bernard Hourcade écrit pp. 216-217 : « Après la longue période d’anarchie qui a suivi l’effondrement du royaume safavide en 1722, la dynastie des Qadjars [Qâjârs] a gouverné la Perse de 1786 à 1923. Téhéran était la capitale administrative et politique de la Perse, mais Tabriz était la capitale culturelle et internationale du pays, en relation avec le monde moderne d’Istanbul et de Bakou, avec les innovations techniques et culturelles. La dynastie des Pahlavi (1925-1979) a mis fin à cette prééminence azérie en construisant un l’État iranien contemporain [avec une] (…) nouvelle centralité persane » ; « En février 1978, la répression des manifestants de Tabriz fut le point de départ d’une contestation générale, populaire qui s’est jointe à la révolte des religieux de Qom et a rendu irréversible le mouvement révolutionnaire [de l’année d’après]. Le point le plus critique de cette histoire contestataire reste cependant la création en 1945 d’une éphémère république d’Azerbaïdjan avec l’appui des troupes soviétiques qui occupaient le nord de l’Iran » (je souligne ; v. aussi infra et, sur ce dernier point, Gabriel Malek, lesclesdumoyenorient.com 26 avr. 2018-17 oct. 2025 : « En dépit de son importance historique en Asie centrale et géopolitique au début de la Guerre Froide, la crise irano-soviétique de 1945-1946 est relativement méconnue ».).
2 55ème note de mon billet du 31 mars précité, en ajoutant Jina quelques lignes plus loin, sans savoir alors qu’il s’agissait de « son prénom kurde à l’état civil iranien » (Chowra Makaremi, ouvrage cité à la première illustration de ce billet, 2025, p. 10).
3 Chowra Makaremi, Résistances affectives. Les politiques de l’attachement face aux politiques de la cruauté, La Découverte, 2025, 243 p. Dans son chapitre 4, « Contre-archives », elle s’intéresse à « la contre-mémoire de la révolution de 1979 en Iran depuis le soulèvement Femme, Vie, Liberté de 2022 » (pp. 91 et s., spéc. 119) ; elle cite notamment des « lettres écrites à une tante venue faire ses études à Paris [par s]a mère, Fatemeh Zarei », ainsi qu’à une autre tante, « Fataneh Zarei ». « En décembre 1979, Fataneh écrit à sa sœur : « (…) Tant que ce guide suprême, Khomeiny, est en vie, il n’y a aucune inquiétude à avoir » ; « c’est aussi ce que laisse entendre Michel Foucault », témoignant de la « rigueur de son attention à ce qui se pensait alors sur place (…). Ce qui échappe aux protagonistes, et à leur observateur, c’est la façon dont une fraction radicale du clergé chiite (…) s’attelle dès février 1979 à la mise en place légale, paralégale et extra-légale d’un dispositif étatique fasciste » (pp. 103 et 106-107 ; on est ici loin des approches téléologiques citant les écrits de Foucault pour le discréditer : j’ajouterais peut-être quelques références à cet égard à l’occasion). Cinq ans avant de rejoindre son père en exil en France, l’autrice avait huit mois lors de la détention de sa mère, Fatemeh : « Candidate aux premières élections législatives de la jeune République islamique en 1981 pour le parti d’opposition des Mojahedins du Peuple à Chiraz », elle sera « arrêtée lors d’une manifestation à la mi-juin de cette même année », puis « tuée, en 1988, [avec] au moins 5 000 personnes » (pp. 167-168, en renvoyant à son film documentaire Hitch. Une histoire iranienne, 2019 ; je souligne et cite l’un des chapitres de son livre de 2023, p. 126 [shs.cairn.info extrait], « 17 octobre 2022 » : « Il y a quarante ans, un 17 octobre, ma tante Fataneh, la sœur de ma mère, était exécutée dans la prison de Bandar Abbas, une ville portuaire de l’Est iranien. C’est là qu’elle a été enterrée, à côté de son mari Ali-Mohamad qui avait été tué quelques mois auparavant par les gardiens de la révolution »). Début 2026, Valérie Lehoux lui demandait : « L’actuelle répression est-elle inédite ? » ; elle de répondre : « En fait, le pouvoir renoue avec la violence des années 1980 », au nom d’« une raison politique qui permet de tuer massivement pour maintenir son ordre [théocratique]. Malgré tout, ce massacre est inédit par son ampleur, jamais vue, et par le climat de terreur qu’il impose » ; telerama.fr 1-2 févr., extrait).
4 L’« anthropologue et réalisatrice de cinéma française d’origine iranienne » était invitée de Xavier Mauduit, un mois plus tard, pour un épisode du podcast Le Cours de l’histoire, intitulé « Iran 1988, l’opposition massacrée », (radiofrance.fr/franceculture 12 févr. 2026) : « Le 3 juin 1989, Rouhollah Khomeini meurt. Ali Khamenei lui succède en tant que Guide suprême de la République islamique » (je souligne ; le 14 février, l’ayatollah visait Salman Rushdie d’une fatwa : v. la page 1005 de ma thèse, 2017). « Contrairement aux révoltes précédentes – du mouvement étudiant de 1999 à la révolte des classes populaires en 2017-2019en passant par le mouvement vert de 2009 – « on a une alliance de toute tous ces différents mouvements à l’automne 2022 (…) » », rappelait Chowra Makaremi lors d’une précédente émission (Julie Gacon, « « Femme, vie, liberté » : chroniques d’une révolution en Iran », 17 août 2023, radiofrance.fr/franceculture/podcast Les Matins d’été ; je souligne) ; concernant son essai Femme ! Vie ! Liberté ! Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran, La Découverte, 2023, v. son échange avec Victoire Tuaillon (Les Couilles sur la table #86, binge.audio/podcast le 12 oct., rediffusé le 15 janv. 2026). En septembre 2025 était publié chez le même éditeur un autre de ses livres (v. supra, ainsi que la première illustration) ; Chowra Makaremi le commence ainsi : « Vendredi 16 septembre 2022, je suis à Baltimore [et] retrouve Sina, un doctorant en anthropologie qui écrit une thèse sur la mémoire du massacre de Halabja parmi les exilés kurdes aux États-Unis. En 1988, cette ville du Kurdistan irakien a été attaquée à l’arme chimique (…) » (« Prologue… » de Résistances affectives…, p. 5 ; v. l’ajout au terme de mon billet du 31 janv. 2021, Un « Manuel » publié par l’Organisation des Nations Unies ; et à l’écran, la « destruction » de l’une d’entre elles : l’Irak). Elle aussi chercheuse, Somayeh Rostampour explique que « les contestations étaient dominées par les réformistes [jusqu’au « tournant » de 2017, lorsque « les revendications prennent un caractère nettement plus radical, voire révolutionnaire. Les soulèvements de 2017 et 2019 ont principalement émergé dans les périphéries du pays, notamment dans les régions kurdes et arabes. En 2020, la contestation était davantage localisée dans la région arabe » ; deux ans plus tard, elle « devient véritablement nationale » et la « révolte de décembre-janvier » dernier est donc « la cinquième » depuis (Ines Gil, « Entretien avec, par Somayeh Rostampour sur l’Iran : « une partie de la population redoute une guerre régionale catastrophique, tandis qu’une autre voit dans une intervention extérieure une opportunité de changement » », lesclesdumoyenorient.com 27 févr. 2026 ; je souligne).
5 Renvoyant notamment à Jean-Pierre Digard (dir.), Le fait ethnique en Iran et en Afghanistan, CNRS, 1988 (actes d’un colloque « tenu en 1985 », recensés par Altan Gokalp dans la Revue française d’anthropologie. L’Homme 1994, n° 129, pp. 209-210), en se demande si les « Azéris d’Iran, turcophones et chiites, (…) occupent toujours une place centrale dans la vie politique iranienne contemporaine », v. Bernard Hourcade, in Mélanges offerts à Jean Marcou préc., 2024, p. 213 (v. encore infra).
6 Le premier s’intitule « Cheveux », pp. 13 et s.
7 Dans le deuxième, « Feux », après cinq pages non centrées sur l’Iran, elle en vient à l’immolation le « 21 février 1994, à Téhéran, [d’]une pédopsychiatre de cinquante-quatre ans (…) place Tajrish », en invitant à ne pas oublier « Homa Darabi et toutes les vies anonymes calcinées » (pp. 37 et s., spéc. 42-43 ; je souligne).
8 Sur cette question, un évènement important s’est déroulé lors du premier mandat de Donald Trump, le mardi 8 mai 2018, « le président américain a annoncé qu’il désengageait son pays de l’accord nucléaire avec l’Iran conclu par son prédécesseur (…) démocrate Barack Obama » – en 2015 (« après vingt et un mois de négociations », rappelait lemonde.fr) ; v. à ce propos Didier Idjadi, invité avec Chowra Makaremi et Armin Arefi par Mattéo Caranta dans Questions du soir : le débat (radiofrance.fr/franceculture/podcast 3 juill. 2025).
9 Plus loin, l’anthropologue affirme : « L’ordre théocratique est devenu incompatible avec les modes de vie des Iraniens et des Iraniennes, connectés, éduqués, séculaires, sécularisés » (v. la note suivante).
10 Cette phrase tend à confondre ces deux notions, alors qu’il importe d’éviter d’« opérer un court-circuit entre laïcité et sécularisation : on est plus ou moins sécularisé suivant que l’on a un rapport proche ou éloigné de la religion, que l’on « en prend et on en laisse », selon l’expression populaire » ; en résumé, la sécularisation « est de l’ordre du socio-culturel » là où, relevant du politique, la laïcité (française originelle) offre « la possibilité d’avoir des rapports très divers avec la sécularisation, rapports qui sont la conséquence du choix » (Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La Découverte, 2012, p. 130). « Le sécularisme s’enracine dans les séminaires », déplorait durant l’été 2018 « un polémiste ultraconservateur, Hassan Rahimpour Azghadi » (Louis Imbert, « À Qom, la discrète émancipation du haut clergé », Le Monde Spécial 11 févr. 2019, p. 7 : « L’Iran en quarantaine »). Cet article rappelait plus loin qu’en 2009, le mouvement vert « protestait contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (au pouvoir de 2005 à 2013) » (je souligne ces repères temporels, en ajoutant à ceux déjà mentionnés les rassemblements de juillet et novembre 2021 (v. Thomas Guien, tf1info.fr 10 janv. 2026 ; suite à une « chute brutale des températures », v. aussi Ghazal Golshiri, « En Iran, des pénuries d’énergie provoquent la fermeture d’écoles et d’entreprises », Le Monde 19 déc. 2024, p. 3).
11 Lundi 23 février 2026, j’ai enfin vu Mensonges d’État, dans lequel elle interprétait le personnage d’Aïsha (wikipedia.org au 23 sept. : « film d’espionnage américano-britannique réalisé par Ridley Scott et sorti en 2008 », avec « Leonardo DiCaprio et Russell Crowe dans les rôles principaux » ; « Selon Thomas Sotinel du Monde à l’occasion de la rediffusion du film sur Arte en 2024, « [sont mis] en scène les sales tours que la CIA sort de son sac à malices dans sa guerre contre Al-Qaida », « Mensonges d’État restera comme l’un des plus réussis des films d’action nés des décombres du 11-Septembre [2001] »). Une semaine plus tard, Anasse Kazib relevait le « lapsus » commis par le général Vincent Desportes, dans une déclaration plus qu’inquiétante (revolutionpermanente.fr et anassekazib, instagram.com 2 mars 2026).
12 Bernard Hourcade, « Quelle relève pour l’Iran ? Les États-Unis soufflent le chaud et le froid sur Téhéran », Le Monde diplomatique mars 2026, p. 11, extrait : « Les massacres de janvier 2026 constituent en effet un point de rupture et pourraient bien être fatals à la République islamique » ; pour un récit revenant assez précisément sur cette séquence, Melaine Fanouillère, L’Actu des Oublié.e.s, « Épisode 6 • Iran », regards.fr/podcast 5 févr.
13 La journaliste rappelle l’attaque israélienne de juin 2025 (v. aussi supra), « à laquelle Washington s’était joint en bombardant des sites nucléaires iraniens » (je souligne).
14 « Le Guide suprême Ali Khamene’i comme l’ancien Premier ministre et opposant Mir-Hossein Moussavi sont d’origine azérie », rappelait en décembre 2024 Bernard Hourcade dans sa contribution précitée, p. 216 ; « publiés sous la direction de Jean-Paul Burdy et Jamil Sayah avec le soutien du laboratoire [CERDAP²] et de Sciences Po Grenoble », ces Mélanges offerts à Jean Marcou ont fait l’objet d’une manifestation scientifique le 9 janvier 2025 : c’est alors le premier co-directeur qui abordait la situation iranienne (sciencespo-grenoble.fr/blogs le 20).